Il fallait que je vous dise

D’avance, pardon.

Pour mes maladresses, pour mon probable emportement, pour sortir de mon rôle de photographe, pour faire des déductions possiblement erronées ou incomplètes, pour émettre un jugement que personne n’a demandé, pour pousser un coup de gueule écrit un jeudi matin où ma maladie chronique me force à travailler depuis mon lit, pour me mêler de ce qui ne me regarde pas, pour les termes que je ne prends pas le temps de choisir parce que j’écris avec mes tripes et que j’oublie de réfléchir, pour avoir pris la décision de poster ce billet après avoir passé la souris 100 fois sur ‘Mettre à la corbeille’.

Pour tout ça, pardon.

Maintenant, le coup de gueule. Le cri du coeur. Le ras le bol d’une femme.

Dans ma courte carrière photographique, j’ai eu la chance et l’honneur de photographier des mariages hors du commun, et des marié.e.s fabuleuses. Dans ma courte carrière, j’ai eu la chance extraordinaire d’immortaliser un bout d’histoire de tous ces amours. Dans ma courte carrière, j’ai reçu trois mails, de trois mariées radicalement différentes, qui contenaient un message équivalent à :

Merci pour tes sublimes photos. Elles sont parfaites. Mais je ne m’aime pas, tu n’y es pour rien.

“Squelettique”, “vraiment trop énorme”, “défigurée”, ces trois mariées ne s’aiment pas sur les photos de leur mariage. En dépit du fait qu’elles soient sublimes, en dépit du fait qu’elles adorent mes photos, en dépit de leur pleine conscience que leur physique n’est pas de leur responsabilité. Alors voilà, au bout de la troisième en tout juste deux ans, je ne peux plus laisser passer ça. Je sais bien que ce n’est pas mon avis qui va changer ce qu’elles pensent d’elles-mêmes, mais j’ai quand même besoin de le dire :

Mesdames, vous êtes magnifiques !

Vous rayonnez. De bonheur, de gentillesse, d’érudition, de maîtrise, d’amour … Vous êtes belles bordel! Je sais que la société nous vend du rêve photoshopé à longueur du publicité où les tailles au dessus du 36 et demi ne sont pas autorisées, la peau de pêche est légion et le handicap inexistant. Je sais que les magasins produisent à perte la taille 38 quand la taille moyenne est 44. Je sais que la femme est censée être maquillée, brushée, mince, glabre, valide, surtout blanche, et très hétérosexuelle pour servir à l’homme de faire-valoir. Je sais que Barbie et les Princesses Disney nous ont ruiné. Je sais que, pour certaines d’entre vous, les problèmes que vous voyez dans le miroir sont liées à des choses moches. Et justement, ce sont les choses qui sont moches. Pas vous. C’est cette société qui est laide. Et qui s’enlaidit de jour en jour. Pas vous. C’est la femme fantasmée par des publicitaires assoiffés de faire du chiffre dans une société partriacale, hygiéniste, et malsaine qui est moche. Pas vous.

Quand je reçois un message où ma mariée me dit ne pas s’aimer, je pleure. Je suis empathique et j’assume.

Je suis née avec le défaut de faire abstraction de l’aspect physique des gens et à trouver de la beauté partout. Ainsi j’ai passé dix ans à ne pas me rendre compte du surpoids de ma meilleure ami et à oublier qu’elle était d’origine Kabyle. Parce que mon pays c’est la terre, ma religion l’amour, et mon amour de l’humain va au delà de son apparence. Oui, je suis idéaliste et j’assume tout autant.

Et je n’évoquerais que brièvement les merveilleuses femmes de Renaissance Féminine dont le corps a subi tant de changement entre radio, chimio, hormono et ablations, qui sont de vraies guerrières de la vie, et qui, elles aussi, après avoir traversé l’enfer, lutte pour retrouver une féminité conforme à l’image que la société nous en donne. Ce deuxième combat après leur parcours me touche autant qu’il m’indigne. La féminité ne se mesure pas à la validité, la longueur de cheveux ou l’absence de rides merde!

Alors c’est dit. Pardon encore une fois. Personne ne m’a rien demandé. J’espère n’avoir blessé personne en laissant mon indignation s’exprimer. J’avais besoin de vous dire, mesdames mes mariées, mesdames les futures mariées, et toutes les autres : vous êtes belles. Qu’importe vos mensurations. Qu’importe la balance. Qu’importe la taille de la robe. Qu’importe la longueur capillaire. Qu’importe si vous êtes sur deux jambes ou deux roues…

Vous êtes femmes parce que vous êtes.

Vous êtes belles parce que vous êtes.

Voilà.

D’une photographe qui vous aime
D’une femme sincèrement amoureuse du genre humain et de sa beauté dans toute sa glorieuse diversité

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  • marie-cécile - bravo pour ce magnifique papier ! ”vous êtes belles par ce que vous êtes” aussi… eh oui. surtout CE jour là… toutes belles et tous beaux. hétéro homo grosso modo maigro bio calibro on s’en fout on s’aime ! et on sème…

    belle continuation pour tes magnifiques photos…

    des bisous

    marie-cécile*machaReplyCancel

    • Lysiane Lylellana - Merci Macha pour ton commentaire. Oui, surtout ce jour là c’est sûr! Je pense qu’on n’est jamais autant apprêtée que pour son mariage ReplyCancel

  • Sophie - Juste envi de te dire merci pour ce coup de gueule !
    Tu as réussi à exprimer ce que je n’arrive jamais à dire quand je me trouve devant une femme qui me tient ces propos “ce n’est pas tes photos ou ton travail, mais c’est moi, je ne me supporte pas en photo”, “je ne suis pas photogénique”.
    Elles me font tellement mal au ventre, au coeur, que j’aurai envi d’être violente verbalement afin de leur ouvrir les yeux pour leur montrer qu’elles sont BELLES !
    Que justement, le fait de ne pas ressembler à toutes ces femmes “photoshopées” sur les magazines, c’est ce qui les rend encore plus belles que jamais. Que ce qu’elles estiment être leurs différences physiques qu’elles nomment “défauts”, ou encore “mouchetés” parce qu’elles ne rentrent pas, selon elles, dans le critère “beauté féminine” – qui n’est autre que la réduction d’un produit à vendre- en font qu’on les aiment encore plus et qu’elles paraissent encore plus belles que jamais.
    Merci LysianeReplyCancel

    • Lysiane Lylellana - Après il faut faire attention de ne pas sombrer dans un nouveau diktat : “Trouvez vous belles bordel!”
      Ca serait juste remplacer des diktats par un nouveau, et en somme par forcément plus constructif. On a le droit de se trouver moche comme on a le droit de se trouver magnifique. Mon soucis c’est toutes les raisons qui poussent une jeune mariée à se trouver moche sur ses photos de mariage alors que c’est le jour, selon les critères alakon de notre société, où une femme est la plus belle (dans le sens apprêtée, pomponnée)ReplyCancel

  • So - Merci pour ce qui beau texte plein d’espoir pour les femmes comme moi qui ont du mal avec leur aspect physique! Je vais le garder pour le relire les jours où je ne me supporte pas ReplyCancel

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